À mi-année, beaucoup de structures regardent leur communication avec une impression un peu étrange. En janvier, il y avait de bonnes intentions. Publier plus régulièrement. Revoir le site. Tester l’intelligence artificielle sans se faire engloutir par des textes trop propres pour être honnêtes. Puis l’année avance. Les posts sortent parfois, le site reste flou et la newsletter dort encore dans un coin, avec la dignité fragile des bonnes résolutions oubliées.
En Suisse, le sujet n’est pourtant plus théorique. La transformation numérique est désormais suivie, documentée et intégrée dans les priorités publiques. La stratégie Suisse numérique, adoptée chaque année par le Conseil fédéral, fixe les priorités de la Confédération en matière de transformation digitale. Pour 2025, elle mettait notamment l’accent sur l’intelligence artificielle, la cybersécurité et l’open source dans l’administration fédérale. Source : Office fédéral de la communication, “Federal Council adopts Digital Switzerland Strategy 2025” : https://www.bakom.admin.ch/en/nsb?id=103560
L’Office fédéral de la statistique suit aussi l’utilisation de l’IA générative par la population. Son tableau interactif 2025 porte notamment sur l’usage d’outils capables de créer des contenus à partir d’une instruction : textes, images, code, vidéos ou autres données. Autrement dit, exactement les outils que beaucoup d’organisations commencent à utiliser pour communiquer plus vite. Source : Office fédéral de la statistique, “Utilisation d’applications d’intelligence artificielle générative” : https://www.pxweb.bfs.admin.ch/pxweb/fr/px-x-1604000000_108/px-x-1604000000_108/px-x-1604000000_108.px/
Du côté des PME, les chiffres confirment que le mouvement est bien engagé. Selon le portail fédéral kmu.admin.ch, qui relaie l’étude annuelle d’AXA sur le marché de l’emploi, la part des PME suisses ayant intégré l’IA dans leurs processus est passée de 22 % à 34 % entre 2024 et 2025. L’usage n’est pas abstrait. Les PME concernées utilisent notamment l’IA pour la traduction à 52 %, pour la correspondance à 47 %, pour l’automatisation de certaines étapes de travail à 34 % et pour la publicité ciblée à 24 %. Source : portail fédéral kmu.admin.ch, “L’IA progresse dans les PME suisses” : https://www.kmu.admin.ch/kmu/fr/home/actuel/news/2025/ai-progresse-pme-suisses.html
Ces chiffres racontent quelque chose d’important. Les outils avancent vite. Ils entrent dans les pratiques. Ils promettent du temps gagné, des contenus produits plus rapidement et des processus plus fluides. Très bien. Personne ne va pleurer sur une traduction plus rapide ou une correspondance mieux structurée. Mais pour la communication, la vraie question n’est pas seulement de savoir si l’on utilise l’IA. La vraie question est de savoir si ce que l’on produit devient plus clair.
Car une PME peut produire plus de contenus tout en gardant une page d’accueil qui n’explique pas vraiment son offre. Une association peut publier régulièrement tout en laissant ses événements difficiles à trouver. Un indépendant peut avoir des textes très propres, mais tellement génériques qu’on ne comprend toujours pas ce qu’il fait. Le texte est poli. Le message, lui, est parti boire un café sans prévenir.
C’est là que le bilan de mi-année devient utile. Pas comme un grand audit dramatique avec tableur géant et regard sévère. Plutôt comme un contrôle simple : qu’est-ce qui aide vraiment les gens à comprendre votre activité ? Qu’est-ce qui leur permet de vous trouver ? Qu’est-ce qui donne suffisamment confiance pour prendre contact ? Si la réponse n’est pas claire, publier davantage ne réglera pas le problème. Cela risque même de l’amplifier.
L’IA peut accélérer la production. Elle peut aider à reformuler, traduire, organiser ou tester des idées. Mais elle ne remplace pas une stratégie de communication. Elle ne connaît pas spontanément votre positionnement, vos publics, vos priorités ou ce qui vous rend réellement utile. Sans direction claire, elle produit surtout plus vite ce qui était déjà flou avant. Une machine rapide reste une machine rapide. Si elle roule dans le brouillard, elle arrive juste plus vite au mauvais endroit.
Pour une petite structure, le bon réflexe de mi-année n’est donc pas forcément de remplir encore plus le calendrier éditorial. Il peut être plus utile de relire la page d’accueil du site, de vérifier si les services sont compréhensibles, de mettre à jour une fiche Google Business ou de rendre un appel à bénévoles plus visible. Ce sont parfois des gestes moins spectaculaires qu’une campagne digitale. Mais ils peuvent avoir beaucoup plus d’effet.
La communication efficace n’est pas toujours celle qui fait le plus de bruit. C’est souvent celle qui réduit l’effort demandé au public. Comprendre vite. Trouver facilement. Savoir quoi faire ensuite. C’est sobre, presque brutal. Et cela reste beaucoup plus difficile à obtenir qu’un joli texte généré en douze secondes.
À mi-parcours, la question n’est donc pas : “Comment produire plus avec l’IA ?” La question est plutôt : “Qu’est-ce qui mérite encore notre énergie ?” Certaines actions doivent être poursuivies. D’autres doivent être ajustées. Certaines peuvent disparaître sans que personne ne porte le deuil.
Le digital adore les nouveautés. Normal, il se nourrit de ça. Mais dans un environnement où les outils deviennent plus puissants et les contenus plus nombreux, la clarté reste une force très concrète. Elle demande du temps, de la réflexion et de l’expérience. Elle demande aussi le courage de couper ce qui ne sert à rien.
En 2026, les structures suisses n’ont pas seulement besoin de communiquer plus vite. Elles ont besoin d’être comprises plus clairement. Et parfois, c’est là que le vrai travail commence.

