Quand on commence à parler d’IA, certains pensent qu’elle va uniformiser la pensée, rendre tous les contenus interchangeables, vider de sens nos messages. Cette crainte n’est pas née dans un silo : elle monte dans des agences, des services marketing, partout où l’on voit des boucles de paraphrases apparaître à la chaîne.
Et pour cause : les outils d’IA générative ne font pas de magie, ils analysent et recomposent à partir d’immenses volumes de texte existants.
Aujourd’hui, plus de la moitié du contenu publié sur Internet serait généré par l’IA ou des systèmes automatisés selon certaines analyses récentes.
Ce chiffre frappe parce qu’il montre l’ampleur du phénomène, mais il ne dit pas tout.
Des enquêtes auprès des professionnels montrent que l’intégration de l’intelligence artificielle dans les flux de production est devenue presque banale : près de 90 % des créateurs professionnels disent utiliser des outils d’IA dans leur travail selon un rapport Adobe de 2025.
Et plus largement, environ 77 % des entreprises explorent ou utilisent l’IA dans leurs stratégies métiers, avec des résultats très variables.
Ce que les chiffres ne racontent pas toujours, c’est ce qui se passe dans la tête des communicants quand ils cliquent sur “Générer”. L’IA peut accélérer la production, optimiser la structure, proposer des tournures inattendues ; mais elle n’a pas de jugement. Elle ne choisit pas une idée originale parce qu’elle est vraie, courageuse ou inconfortable. Elle reflète ce qu’on lui donne.
Là où le discours devient banal, c’est rarement à cause de l’outil lui-même.
Beaucoup d’organisations intègrent l’IA parce qu’elle est efficace et rapide. Certaines études suggèrent que l’usage de ces outils peut réduire le temps de création jusqu’à 59 % et augmenter le volume de contenu de près de 77 %.
Mais une productivité accrue n’est pas une créativité accrue. L’IA n’a ni vécu, ni mémoire sensible. Elle n’a jamais disputé un brief impossible avec un client, n’a jamais passé une nuit blanche à défendre une idée qui dérange. Elle ne fait que recomposer ce qu’elle a ingéré. Si ce qu’elle reçoit est terne, elle le renvoie terne mais bien emballé.Alors peut-être que le vrai risque n’est pas que l’IA rende tout le monde identique. Peut-être que le vrai risque, c’est que l’on cesse de penser vraiment parce que l’on a une machine qui le fait à notre place.
Et si la crainte n’était pas “l’IA rend tout pareil” mais “nos idées étaient déjà banales avant qu’on lui demande quoi que ce soit” ? La technologie ne crée ni vision ni courage. Elle amplifie le matériau que l’on choisit de lui confier. En prenant du recul, nous avons essayé de regarder ce miroir-là.